Joan Sales i Vallès | Bleu autour, éditeur

Jeter des ponts entre les lieux, les langues et les temps ; dire l’exil, déjà celui de l’enfance. ...Suite




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Je n’invente rien : il parle de sa « chaire » avec un aplomb total, sans sourciller. Entre ses dents artificielles, le mot « chaire » fait des glouglous comme pourrait les faire un oiseau aquatique qui serait en mesure d’articuler ce mot. Une fois en possession de sa chaire d’appa­riteur, il s’est cru en devoir de « faire une tournée pastorale » (ce sont ses mots) dans tous les bourgs et les villages du Val d’Aran à la recherche d’un premier amour — à cause duquel il avait jeté sa soutane aux orties car, naturellement, cette vie exemplaire avait débuté au séminaire. Notre homme était entré d’un pied assuré dans la voie de la culture et du saint mariage, il y a de cela dans les sept ans. Mais j’étais monté à Parral del Río pour avoir des nouvelles de Soleràs, pas pour la vie et les miracles du lieutenant Picó.
_Gloire incertaine

Joan Sales i Vallès

Joan Sales i Vallès (Barcelone, 1912-1983) était assesseur de catalan au Gouvernement de la Generalitat quand la Guerre d’Espagne éclata en 1936. Après une brève formation à l’École de Guerre, il monta au front de Madrid, puis à celui de l’Aragon. En janvier 1939, il franchit la frontière française avec le grade de commandant de l’armée républicaine et fut interné au camp français de Prats-de-Molló. Son exil de neuf années le fit s’installer successivement à Paris, à Saint-Domingue, puis au Mexique. Il fonda en 1943 la revue Quaderns de l’Exili qui joua un rôle important auprès des intellectuels catalans. À son retour en Catalogne en 1948, il devint un des éditeurs les plus en vue et fonda en 1955 la fameuse collection « Club dels Novel.listes » (« Club des Romanciers ») qui accueillit les meilleures œuvres du roman catalan de l’après-guerre, comme La plaça del diamant (La Place du diamant) de Mercè Rodoreda, et Bearn (Béarn) de Llorenç Villalonga. Sa propre œuvre, Incerta glòria (Gloire incertaine), publiée en 1956, réduite par de nombreuses coupes à cause de la censure, reçut le prix Joanot Martorell (1955). D’édition en édition, et chacune recevant d’importants ajouts en fonction de l’évolution de la censure franquiste, la version définitive sortit en 1971. Elle est traduite aujourd’hui par Tinta Blava. Cette œuvre immense, testimoniale sur la Guerre d’Espagne et philosophique, a beaucoup marqué les esprits en Catalogne. Elle a été traduite en castillan en 2003.

Joan Sales i Vallès

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