Jeter des ponts entre les lieux, les langues et les temps ; dire l’exil, déjà celui de l’enfance. ...Suite




38 avenue Pasteur
03500 Saint-Pourçain-sur-Sioule
France
+33 (0)4 70 45 72 45
dialogue {at} bleu-autour {point} com

Un carnet de voyages autobiographique de Leila Sebbar, l’inscription de ses Algéries en France.
Récits, fictions, entretiens, portraits et reportages, photos, dessins, papiers froissés d’oranges, aquarelles, BD et cartes postales tissent une mythologie affective, une géographie intime et politique de ses lieux de mémoire et de rencontres.
Elle croise ses « sœurs étrangères », Nora la conteuse, Fatima et sa Singer, Djamala la maquisarde….
Les filles des cités et Shérazade. Les femmes de la Goutte d’Or. Les « Fous » d’Algérie, Germaine Tillion, Marthe Stora, Aimée Chouraqui, Pierre Vidal-Naquet… Et Zidane. C’est gai, c’est grave. Maurice Audin, assassiné. Harkis, abandonnés. Zouaves, spahis et tirailleurs d’Afrique, morts pour la France. Chibanis, dans les cafés, tranquilles. Les figures tutélaires d’Abd el-Kader, Isabel Eberhardt, Pierre Loti…. Mouloud Feraoun, Mohamed Dib, Jean Pélégri, Kateb Yacine et leurs livres. Ses amis artistes et écrivains contemporains. Le jardin de sa mère, la Française, les ruches de son père, l’Algérien.

ECHOS DE LA PRESSE

Lire l’article de Jean Laurentin dans Le Matricule des anges :
« Ce beau livre de Leila Sebbar questionne au plus près l’expérience du déracinement. »
 
Lire l’article de Christine Rousseau dans Le Monde, le 13 mai 2004 :
« Un très beau voyage en forme de quête intime. »
 
Lire l’article « L’Algérie vue de France : carnets de voyage » de Leïla Sebbar de Valérie Marin la Meslée dans Le Magazine littéraire :
« Une mosaïque vivante et généreuse, une iconographie remarquable, un très beau livre. »
 
Lire la lettre d’une lectrice, Sylvette Dupuy, adressée à Leïla Sebbar :
Chère Leïla Sebbar,
Je pose à l’instant Mes Algéries en France que je n’ai pas lâchées de la nuit. Bien sûr je vous avais déjà lue et même vue (à Aix en Provence il y a quelques années, vous étiez intervenante à un colloque de l’APA, Association pour l’autobiographie, dont je fais partie), mais là il s’agit d’un ouvrage qui a beaucoup de résonances en moi. Je vais tâcher d’expliquer pourquoi.

Je suis née à Paris d’un père Pied-Noir (qui ne parlait jamais de son enfance) et d’une mère parisienne et j’ai été élevée par mon grand-père, Aimé Dupuy que vous citez dans votre livre, ancien Directeur de Bouzaréa, qui avait fait toute sa carrière d’enseignant en Afrique du Nord, « aux colonies ». J’ai appris à lire dans « Bonjour Ali, bonjour Fatima », livre que je recherche avec beaucoup d’opiniâtreté et c’est dire l’émotion que m’a causé l’illustration dans Algéries car je reconnaissais le dessin des enfants, de la mosquée, et du cactus. C’était plein d’histoires épatantes, de djellabas et de palmiers, et en ânonnant mes premières syllabes, je lorgnais ce qui ornait les murs du bureau de Grand-père : photographies d’Alger-la-Blanche, un tableau en bois sculpté, représentant des femmes, une amphore sur la tête, dans une oasis, une main de fatma, une poire à tabac, un poignard etc.

J’étais une enfant solitaire et romanesque, rêvant désespérément d’ailleurs, souhaitant que des gitans m’enlèvent, vous voyez le genre. Dans ce bel appartement du 6e, il y avait un salon d’apparat, le « salon arabe » qui me faisait totalement fantasmer. Meubles dits « syriens », sombres et incrustés de nacre, table basse en cuivre, bibelots, lourds tapis, coussins, tentures et poteries berbères et un lustre magnifique en fer forgé portant une centaine de lampes multicolores. Tout cet Orient que l’on dirait maintenant de pacotille m’enchantait et nourrissait fortement mon imaginaire.

En 1958, en classe de 4e, au Lycée Fénelon, est arrivée Djamila qui s’appelait encore Anne-Marie Olivési, mi-Algérienne, mi-Corse, d’une beauté souveraine (yeux verts et cheveux frisés, eh oui), qui arrivait de Marrakech avait du mal à accepter la France, l’hiver et ne me parlait que de désert, chameaux, voiles bleus et princesses de harems avec de lourds bracelets d’argent. Elle est devenue mon amie, ma sœur. Comme nous étions très en avance pour notre âge, je lui ai prêté la Question d’Henri Alleg emprunté dans la bibliothèque paternelle. Nous avons milité pour l’Algérie algérienne, avec pas mal d’inconscience car nous étions comme beaucoup d’autres fermées aux problèmes des « rapatriés », mettant dans le même sac les « affreux colonisateurs ». Problème que met bien en avant mon père dans son Journal dont j’ai hérité (je viens de travailler sur l’année 1962 sur le Journal de ce dernier et les lettres croisées de la famille, car je suis moi aussi une tisseuse de mémoire et il parle de l’assassinat de M. Feraoun dans une lettre à son père, Aimé, l’ex-Directeur, qui lui répond qu’il a eu beaucoup de peine, qu’il était resté en relation épistolaire avec lui).

Je continuais à être fascinée par l’Algérie, lisant avec passion tout ce qui s’y rapportait, comme si j’étais de « là-bas&nbsp» et notamment des livres (avec illustrations et photos sépias qui me ravissaient), dont j’ai des exemplaires encore maintenant : le Sahara et ses oasis, le Mzab et les pays chambas (photos formidables de « courtisanes mauresques » et des Ouled-Naïl, et Sur le Pavé d’Alger et les cafés maures dans Hommes de peine et filles de joie (!), dessins de Charles Brouty, bref toutes ces ravissantes « foutaises » (sans oublier des éditions très joliment illustrées de Pierre Loti).

Seule la Méditerranée alors avait le pouvoir de me séduire. Adolescente, je passais beaucoup de vacances à Cassis, j’adorais Marseille, en étant persuadée « empiriquement » que c’était Alger en miroir, j’apprenais par cour Noces de Camus, je n’aimais que le soleil, le thym, la garrigue, je continuais à me sentir inexplicablement attirée par l’autre côté de la mer et encore maintenant je ne sais pas faire la part du romantisme (de mon mal-être) et de l’atavisme. Après tout, mon trisaïeul, un aventurier italien était parti vers 1840 à la frontière algéro-tunisienne, avait épousé une Corse qui était partie « là-bas » aussi, ils avaient eu des tas d’enfants dont ma bisaïeule (qui a l’air complètement arabe sur les clichés que je possède). Passons car ce serait trop long. Mais lorsque j’ai lu la BD de Ferrandez (que j’adore), à un moment j’ai sursauté car étaient mentionnées les troupes d’un certain Youssouf et nom de nom, le trisaïeul italien avait été un de ses compagnons de route, d’après légende familiale. N’allais-je pas soudain voir surgir le trisaïeul dans la BD et ce faisant dans l’histoire de l’Algérie ? L’aventurier qui, à cheval, allait récupérer l’impôt dans les tribus rebelles ?

Pour essayer de finir mes Algéries à moi, j’y suis quand même allée en 91, juste avant les élections remportées par le FIS. Méharée dans le Hoggar. Pour parfaire la saga romanesque, tombée amoureuse du beau targui, en me traitant de tous les noms (quand même tu vas pas faire comme les touristes de base et tomber dans le panneau etc.) mais ouiche , je l’ai fait, je me disais : pourquoi pas ? Il m’apprendra le désert et les étoiles, moi je lui apprendrai l’occident ; j’ai réussi à me procurer un manuel (d’un glorieux pacificateur !) de tifinar et en avant la machine à rêver de toute ma vie, ô Isabelle !!

Histoire mal finie, bien sûr mais éblouissement d’Alger : j’avais l’impression de TOUT reconnaître, d’y avoir déjà vécu. Et que l’on songe bien que JAMAIS mon père n’a évoqué son enfance, une quelconque nostalgie. C’est étrange, je trouve.

Voilà presque la fin de mon histoire. Djamila est morte, sa fille Leïla est une talentueuse compositrice et pianiste de jazz, elle m’appelle « Tata » et a mis en musique les poèmes de sa mère sur Aïcha Kandicha, eux-mêmes écrits sur de très beaux tableaux en verre peint, eux-mêmes inspirés par le conte arabe. Je suis allée l’écouter à Paris et j’ai pleuré. Dans le salon de ma vieille maison cévenole, les meubles noirs incrustés de nacre revivent, je leur souris et je caresse les vieilles poteries berbères. Je me suis calmée, forcément en vieillissant, j’ai choisi d’habiter la forêt et non des terres brûlées et d’oublier mon Orient de pacotille, mais il n’empêche, c’est là, incontournable.

Je serais ravie de vous montrer mes trésors si vous passez par Montpellier ou Nîmes au hasard de vos déplacements. Merci d’avoir suscité cette lettre écrite toute à vrac cette après-midi quand l’orage menace et que je ferais mieux d’aller cueillir mes fraises des bois !

Sylvette DUPUY

Papier

  • 17 x 22 cm

  • 256 pages

  • 28 €

  • février 2004

  • ISBN 978-2-9120-1924-0

Numérique

Version numérique
non disponible
pour l’instant

Audio seul

Version sonore
non disponible
pour l’instant

Genre-s

Préface

Traduction

Version Originale

Postface

Sans

Direction

Sans

Illustrations

Sans

Télécharger

Couverture

Avec
le
soutien
de
X
X